Pourquoi les bilans réguliers sont-ils essentiels après 70 ans ?

En France, selon la DRESS, 72 % des personnes de plus de 70 ans vivent avec au moins une maladie chronique. Les pathologies silencieuses comme l’hypertension, l’insuffisance rénale ou le diabète avancent souvent à bas bruit. Parallèlement, le vieillissement fragilise certains organes, tout en diminuant la perception des symptômes.

Faire le point chaque année avec un professionnel :

  • permet de détecter tôt un trouble naissant (vue, audition, troubles cognitifs, etc.)
  • évite les complications majeures (AVC, chutes, dénutrition…)
  • aide à adapter traitements et aides au quotidien (correcteurs visuels, aides auditives, etc.)
  • favorise une prise en charge globale : le patient reste actif dans ses choix.

Une étude de l’Inserm (2020) a montré que 40 % des hospitalisations liées à la perte d’autonomie auraient pu être évitées par une prévention adaptée, ce qui souligne l’intérêt d’un suivi régulier, même sans symptôme.

Le bilan de santé annuel recommandé : indispensables à ne pas oublier

Plusieurs examens devraient être proposés systématiquement après 70 ans lors du rendez-vous annuel chez le médecin traitant ou le gériatre. Voici les incontournables :

  • Mesure de la tension artérielle : L’hypertension touche près d’une personne sur deux chez les plus de 70 ans (source : Santé publique France). Détecter une tension anormale permet de prévenir les accidents vasculaires cérébraux et les complications cardiaques.
  • Contrôle du poids, calcul de l’IMC et dépistage de la dénutrition : Après 70 ans, la perte de poids involontaire est un signal d’alerte. Une étude affichée dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH, 2022) estime qu’en EHPAD, la dénutrition touche 27 % des résidents, et encore 4 à 10 % des personnes âgées vivant à domicile.
  • Surveillance du diabète (glycémie à jeun ou HbA1c) : Entre 15 et 20 % des adultes de 70 ans ou plus sont diabétiques (source : Fédération Française des Diabétiques). Un simple test sanguin annuel suffit.
  • Dépistage des troubles cognitifs (tests de mémoire simples, MMS, etc.) : Repérer un trouble cognitif précocement facilite l’adaptation du domicile et le maintien à domicile. En France, on estime à environ 900 000 le nombre de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (France Alzheimer, 2023).
  • Bilan rénal par dosage de la créatinine : Après 70 ans, la fonction rénale baisse en moyenne de 1 % par an (Inserm). Le décèlement précoce fait éviter des traitements inadaptés ou toxiques pour les reins.
  • Bilan hépatique simple : Vérifier la santé du foie, surtout en cas de traitements médicamenteux au long cours.
  • Évaluation de la vue (contrôle ophtalmologique) : Plus de 30 % des personnes de 70 ans et plus présentent une DMLA, une cataracte ou un glaucome (Assurance maladie, 2022). Un examen annuel permet de conserver la mobilité et la sécurité.
  • Contrôle de l’audition : La presbyacousie touche 65 % des plus de 70 ans selon l’OMS, et demeure fortement sous-diagnostiquée. Un test même simple en cabinet peut ouvrir la porte à des solutions efficaces.
  • Examen bucco-dentaire : Les infections dentaires favorisent les chutes, les troubles nutritionnels, et même des maladies cardiaques. Pourtant, moins d’un senior sur deux consulte un dentiste chaque année (Drees, 2023).

Bilans spécifiques selon les antécédents et facteurs de risque

Chaque personne est unique. Certains bilans s’avèrent essentiels chez certains, facultatifs chez d’autres. L’enjeu est d’adapter le suivi au vécu et aux risques particuliers.

  • Électrocardiogramme (ECG) et bilan cardiaque : recommandé en cas d’antécédents, de palpitations, ou d’arythmie.
  • Mesure de la force musculaire et évaluation de la marche/bilan de chute : une chute étant la première cause d’accidents de la vie courante après 70 ans (plus de 450 000 chutes annuelles entraînant une hospitalisation selon Santé publique France).
  • Dépistage des cancers :
    • Cancer colorectal : la recherche de sang dans les selles (test immunologique) reste recommandée jusqu’à 74 ans, voire au-delà sur avis médical (source : INCa).
    • Mammographie : jusqu’à 74 ans, voire plus chez les femmes à risque (antécédents familiaux ou personnels…)
    • Prostate : pas de dépistage systématique mais discussion en cas de symptômes urinaires (HAS).
  • Ostéodensitométrie et dépistage de l’ostéoporose : Près de 39 % des femmes de plus de 75 ans en France vivent avec une fragilité osseuse sans le savoir (Inserm). Fracture = perte d’autonomie dans 50 % des cas.
  • Évaluation de la vaccination :
    • Grippe chaque année (couverture vaccinale seulement 52 % chez les plus de 65 ans en 2023 !)
    • Rappel DTP tous les 20 ans après 65 ans
    • Vaccin contre le zona (possible dès 65 ans, recommandé à 75 ans)
    • Pneumocoque : recommandé pour les plus fragiles ou hospitalisés
    • COVID-19 : calendrier actualisé chaque année par la HAS

Ne pas négliger : dépistage de la fragilité et de l’isolement

La Haute Autorité de Santé conseille depuis 2019 d’intégrer un dépistage de la fragilité : “faiblesse musculaire, perte de poids, ralentissement, sensation de fatigue inhabituelle, baisse de l’activité physique”. Tout signe doit alerter, car la fragilité précède souvent la dépendance, mais peut encore être réversible.

De plus, 13 % des personnes de plus de 75 ans déclarent souffrir de solitude sévère (source : Fondation de France, 2023). Un échange franc sur le lien social et l’accès à des aides ou associations est aussi une « prescription » à part entière pour le maintien à domicile.

En pratique : comment organiser ses bilans annuels après 70 ans ?

  • Fixer un rendez-vous annuel avec le médecin traitant : il doit devenir un réflexe, au même titre que la révision d’une voiture.
  • Préparer une “liste santé” : noter chaque année tout changement (poids, vision, audition, sommeil), afin d’en faire part facilement lors de la consultation.
  • Solliciter les bilans gratuits si besoin : l’Assurance maladie propose des bilans de prévention santé gratuits après 70 ans dans certains départements (voir auprès d’Ameli).
  • Ne pas oublier le contrôle des traitements : vérifier chaque année que tous les traitements sont adaptés (pas de traitement inutile, pas de danger d’interactions, dosage adapté à l’âge, etc.).
  • En parler à ses proches : cela permet d’anticiper une aide en cas de besoin, de rester autonome, mais jamais isolé.

Comment s’assurer de la pertinence des bilans : l’avis partagé, l’autonomie respectée

Chaque bilan annuel doit être individualisé, en lien avec l’histoire personnelle, le projet de vie et les priorités du patient. Rien n’est plus précieux que d’impliquer la personne concernée dans le processus : expliquer chaque examen, évaluer ensemble son utilité, décider… ou refuser en connaissance de cause.

La surmédicalisation peut nuire autant qu’un défaut de surveillance. Par exemple, des études canadiennes (réseau RIAQ 2023) ont montré que multiplier les examens sanguins inutilement majorait l’anxiété, sans gain prouvé en efficacité. À l’inverse, un dépistage annuel ciblé, choisi, bien expliqué, permet de préserver chaque jour un peu plus d’autonomie et d’assurance.

Vers quel professionnel se tourner ?

  • Le médecin traitant reste la première personne à solliciter : il coordonne l’ensemble des équipes autour de la personne.
  • En cas de difficulté de déplacement, la visite à domicile (par un médecin, un infirmier, un orthoptiste, un audioprothésiste) peut s’organiser, notamment grâce au plan Ma Santé 2022.
  • Le gériatre réalise un “bilan gériatrique” approfondi (mémoire, autonomie, nutrition, médication, etc.) à la demande ou en hôpital de jour.
  • Ne pas hésiter à faire participer des proches ou aidants lors des rendez-vous clés.

Préserver sa santé, c’est prendre le pouvoir sur son quotidien

Garder la maîtrise de sa santé, c’est choisir de vieillir sur ses propres rails : ne pas subir, anticiper, oser parler de ses inquiétudes comme de ses envies. Les bilans annuels après 70 ans ne sont pas seulement une obligation ; ce sont des alliés concrets pour rester actif, mobile, et pleinement acteur de son parcours. Nul besoin de tout faire à la lettre, mais connaître ses droits et ses priorités reste le premier pas vers une vieillesse choisie — et non subie.

Pour aller plus loin : de nombreuses associations d’usagers (France Alzheimer, France Assos Santé, Fédération Française des Diabétiques…) publient guides, outils et listes de questions à poser à son médecin lors de ces bilans, pour n’oublier aucun aspect de sa santé, physique, psychique et sociale.

Ressources utiles :

En savoir plus à ce sujet :

Je Suis Autonome pour Bien Vieillir

Des repères clairs pour vivre chez soi en toute sérénité