Quand faut-il envisager une aide à la marche ?

Tomber ou craindre de tomber, devoir s’agripper aux meubles, caler sa marche sur des pauses fréquentes… Tôt ou tard, la question d’une aide à la marche se pose pour près d’1 personne sur 3 après 65 ans (Santé Publique France). Que cette perte d’assurance à la marche soit progressive ou suite à un accident, il est souvent difficile d’accepter ce besoin. Pourtant, retarder l’utilisation d’un appui ou mal le choisir expose à une double peine : augmentation des chutes et repli sur soi.

Il existe deux grandes familles d’aides à la marche : les cannes et les déambulateurs. Chacune répond à un besoin différent. Pour préserver au mieux sa liberté de mouvement et éviter une perte d’autonomie accélérée, faire le bon choix n’a rien d’anodin.

Canne ou déambulateur : quelles différences concrètes ?

Si la canne évoque l’image classique du soutien ponctuel, le déambulateur (ou "rollator") impressionne par sa stabilité, souvent perçue comme symbole de dépendance. Mais entre les deux, c’est avant tout la sécurité, l’équilibre et le confort qui guident la décision.

  • La canne offre un point d’appui supplémentaire pour soulager un membre ou améliorer l’équilibre sur des distances courtes.
  • Le déambulateur apporte plusieurs points d’appui, autorise des pauses grâce à son siège et rassure ceux pour qui la simple canne ne suffit plus à garantir la stabilité.
Critère Canne Déambulateur
Soutien Léger à modéré, un bras Elevé, pour les deux bras
Liberté de mouvement Maximale, encombrement faible Moindre en intérieur étroit
Sécurité en cas de trouble de l’équilibre Limité(e) Fort(e)
Prévention de la chute Modérée Très efficace
Utilisation sur tous les terrains Oui, selon le modèle Plus délicate (trottoirs, obstacles)

Canne : pour qui, pour quoi ?

La canne, souvent premier réflexe, concerne surtout les personnes qui présentent :

  • Des douleurs modérées à une jambe
  • Des troubles d’équilibre légers ou temporaires
  • Un besoin de soutien sur de courtes distances (du lit à la cuisine, une promenade autour du pâté de maison)

Selon l’enquête SHARE (Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe, 2020), près de 15% des 65-79 ans en France déclarent utiliser régulièrement une canne ou bâton de marche.

Avis d'expert : les écueils à éviter avec la canne

  • Ne pas ajuster la hauteur : une canne trop courte ou trop longue majore les déséquilibres.
  • L’employer du mauvais côté : la règle est de tenir la canne du côté non douloureux ou du côté opposé à la faiblesse.
  • S’en remettre excessivement : si la canne devient en continu indispensable pour tenir debout, il est temps d’envisager un déambulateur.
  • Usage à l’extérieur : sur terrains glissants ou irréguliers, une simple canne ne suffit souvent plus.

Un ergothérapeute ou un kinésithérapeute peut régler la canne à la taille et montrer la bonne technique, limitant ainsi les risques de blessure ou de sur-sollicitation du poignet et de l’épaule.

Déambulateur : une solution à la fois rassurante et exigeante

Indiqué quand le besoin de soutien devient permanent, pour lutter contre de vrais troubles de l’équilibre ou une grande fatigue, le déambulateur est désormais loin des vieux châssis de fer. On distingue deux familles :

  • Le déambulateur fixe (ou cadre de marche) : très stable, utilisé essentiellement en intérieur pour franchir quelques pas ou se lever du fauteuil.
  • Le déambulateur à roulettes (rollator) : doté de 2, 3 ou 4 roues, parfois d’un siège, il facilite les déplacements plus longs et la marche à l’extérieur.

Selon l’Assurance Maladie, environ 500 000 déambulateurs sont prescrits chaque année en France, tous modèles confondus (ameli.fr).

Qui doit utiliser un déambulateur ?

  • Personnes ayant peur de tomber malgré un appui
  • Antécédent(s) de chute (notamment multiples sur 6 mois)
  • Perte de force dans les deux jambes
  • Difficulté à marcher sur plus de 50-100 mètres sans repos
  • Anxiété ou désorientation importante à la marche

Pour les pathologies comme la maladie de Parkinson ou la polyarthrite, le déambulateur protège des trébuchements soudains.

Les erreurs fréquentes avec le déambulateur

  • Négliger la formation à l’usage : trop de chutes surviennent lors d’un “fausse manœuvre” (trottoir, virage serré, obstacle non vu).
  • Surdimensionner : opter pour un modèle trop volumineux, alors que l’intérieur du domicile est exigu.
  • Oublier l’adaptation du logement (portes trop étroites, seuils, tapis…) pouvant rendre l’utilisation impossible ou source d’accidents supplémentaires.
  • Mal régler la hauteur des poignées : provoque fatigue, mauvaise posture ou perte de contrôle.

Quels critères concrets pour choisir entre canne et déambulateur ?

Le choix ne s’improvise pas : il engage la sécurité et le plaisir de vivre. Voici les points à examiner avec rigueur, de préférence avec un professionnel.

  1. État de l’équilibre et risque de chute : Un simple test comme celui du “Timed Up and Go” chez un professionnel permet d’estimer la stabilité à la marche. Si se lever d’une chaise, faire quelques pas, puis se rasseoir prend plus de 12 secondes, le risque de chute s’accroît (HAS).
  2. Force et mobilité des membres supérieurs : Une canne nécessite une préhension solide de la main et un bon contrôle du bras. Le déambulateur demande un usage coordonné des deux mains.
  3. Nature des déplacements : Une canne est adaptée à des distances courtes et plates. Pour sorties plus longues, trottoirs irréguliers ou lorsqu’une pause est nécessaire, un déambulateur avec siège devient préférable.
  4. Encombrement du logement : Portes étroites, couloirs sinueux ou présence de tapis peuvent rendre impossible le passage d’un déambulateur.
  5. Poids et portabilité : Les cannes ne pèsent en général que 300 à 500g. Un rollator classique pèse entre 7kg et 10kg : indispensable de vérifier que l’utilisateur peut le manipuler ou le ranger seul.
  6. Prix et prise en charge : La canne (hors modèles spéciaux) coûte entre 10 € et 50 €, souvent remboursée par l’Assurance Maladie sur prescription. Les déambulateurs coûtent environ 50 € (cadre simple) à plus de 200 € (modèles sophistiqués) ; ils sont également remboursés sur prescription.

Focus : bien régler et utiliser son aide à la marche

Régler la hauteur : le détail qui change tout

  • Canne : La poignée doit arriver à la hauteur du pli du poignet lorsque le bras est détendu, épaule relâchée. Coude fléchi à 15/20° en marche.
  • Déambulateur : Les poignées doivent être à la même hauteur. Les avant-bras restent détendus, épaules basses en tenant les poignées. En position debout, poignée au niveau du poignet.

Un mauvais réglage favorise les douleurs, déséquilibres et réduit l’efficacité de l’aide (Société Française de Gériatrie et Gérontologie).

Savoir se servir d’une canne

  • Toujours tenir la canne du côté le plus fort (ou opposé au côté opéré ou faible).
  • Avancer canne et jambe faible en même temps, puis ramener la jambe forte.
  • Pour monter une marche : canne puis jambe valide.
  • Pour descendre : canne en bas, puis jambe faible.

Savoir se servir d’un déambulateur

  • Bien freiner le déambulateur pour se lever ou s’asseoir, ne jamais utiliser le siège en déplacement.
  • Avancer le déambulateur à petite distance devant soi, puis faire un pas, puis l’autre.
  • Ne jamais s’accrocher au déambulateur pour gravir une marche non adaptée.
  • Prévoir un espace suffisant pour manœuvrer dans toutes les pièces.

Accepter l’aide sans renoncer à l’autonomie

Solliciter une aide à la marche représente parfois un pas difficile. Pourtant, les études montrent que retarder ce choix, ou utiliser un appui non adapté, multiplie par 2 à 3 le risque de chute (étude Inserm, 2021), mais aussi l’anxiété et l’isolement, qui précipitent la perte d’autonomie. La difficulté n’est pas dans le recours à une aide, mais dans son choix et son adaptation.

Un bon équipement, bien réglé, ajusté à la vie réelle, facilite la liberté au lieu de la limiter. Il ne remplace pas une rééducation, ni une adaptation du domicile, mais il peut changer le quotidien dès aujourd’hui.

  • Testez l’aide en situation réelle (monter les marches, faire des courses, tourner autour d’une table).
  • Demandez à l’entourage ou à un professionnel de santé de vérifier la posture et la sécurité.
  • Pensez à changer les embouts usés ou à faire réviser régulièrement le matériel.

Des vidéos pratiques existent sur les sites de l’Assurance Maladie et des associations (France Parkinson, France Alzheimer) pour voir les bons gestes.

Une aide, mais pas une fatalité : garder le choix, préserver la dignité

La canne ou le déambulateur ne sont pas des signes de renoncement, mais des outils pour mieux vivre. Chacun avance à son rythme, en fonction de ses besoins, de ses envies, de ses contraintes réelles. Restez curieux des nouveautés, interrogez votre ressenti, osez réajuster vos choix… Les solutions évoluent, les mentalités aussi.

Et parce que bouger, même avec appui, reste la clé d’un vieillissement épanoui, la question de l’aide à la marche n’exclut jamais la poursuite d’une activité physique adaptée – parfois accompagnée, parfois seule, mais toujours avec bienveillance.

Pour toute hésitation ou conseil personnalisé, n’hésitez pas à impliquer médecin, ergothérapeute ou service local d’aide à l’autonomie. Parce que choisir la bonne aide, c’est choisir la sécurité, mais aussi la liberté, chaque jour.

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